Alexander Gronsky se présente comme un photographe de paysage. Avec patience, privilégiant des travaux au long cours et doué d'une grande sûreté dans son approche il construit des séries dont le traitement est toujours spécifique et très affirmé. Après avoir mené à bien un impressionnant travail documentaire sur les environs de Moscou, intitulé the edge, projet dont la réalisation s'est étalée sur plus de trois ans le photographe a souhaité confronter son regard à des contrées inconnues.
C'est en Chine qu'il s'est donc évadé durant l'hiver 2010 - 2011, d'abord pour un premier séjour de deux mois. La découverte de grandes villes comme Shanghai, Chongqing ou Shenzhen, aux bordures desquelles l'urbanisation frénétique dessine des franges semi-urbaines à l'organisation quasi anarchique, a été décisive pour lui. Habitué aux grandes étendues vides et silencieuses de la Russie, il a dû composer avec le foisonnement et l'échelle titanesque des constructions qui essaiment sur ces territoires en mutation. L'idée de réaliser des diptyques s'est dès lors imposée, lui donnant la possibilité d'embrasser un champ de vision de plus large et lui permettant aussi d'assumer esthétiquement les doutes quand à l'objectivité documentaire supposée de la photographie. Le vide qui flotte entre les deux images mises côte à côte est en effet une brèche dans laquelle s'immisce le regard, que l'imagination s'empresse de combler. Un second séjour d'un mois lui a permis de donner à ces choix l'accomplissement formel magistral qu'on retrouve dans ces photographies. Le traitement frontal, la monumentalité et la précision acérée des images réalisées avec un appareil de moyen format, la richesse chromatique déployée dans ces paysages les situent dans la filiation de l'école de Düsseldorf. Filiation dont Gronsky s'affranchit toutefois, évoquant également la conception traditionnelle du paysage dans la culture chinoise, qui est plus une image mentale qu'une représentation objective. C'est également à cette tradition que le photographe a voulu rendre hommage en intitulant sa série Mountains & Waters. La combinaison des caractères 'montagne' et 'eau' désigne en effet le mot paysage en chinois. La dualité, notion essentielle dans la pensée chinoise, traverse cette somme des tableaux flottants entre le réel et l'irréel.
Mountains & Waters constitue donc une étape importante dans le parcours de ce jeune photographe, qui dit ressentir aujourd'hui le besoin de revenir à ses chers paysages russes.
L'exposition à Levallois sera l'occasion de découvrir Mountains & Waters en exclusivité, et la première exposition d'envergure en France d'un jeune artiste dont la carrière est déjà bien lancée. Son travail précédent, The edge, a notamment été présenté à la fondation Aperture à New York et à FOAM (Amsterdam) en 2010.
Alexander Gronsky est né en 1980 à Talinn, en Estonie. Il est actuellement basé en Lituanie.
Il est représenté par l'agence Photographer.ru
http://www.alexandergronsky.com/
Exposition
Du 4 novembre au 17 décembre
Galerie de L'Escale, Levallois
Lauréats : Alexander Gronsky | The Blood Next Door | Nathalie Mohadjer |Loïc Molon
Artistes invités : Reiner Riedler | Mathieu Tonetti | Gabriel Desplanque / Camille Debray
Carte blanche : Photo-Club de Levallois